Prenons moi, aujourd'hui : De retour d'un rendez-vous professionnel à une heure déjà avancée de l'après-midi, l'estomac criant famine, je m'engouffre bien malgré moi dans la première opportunité "gastronomique" se présentant. Le gros M jaune, lui-même.
Il faut dire que j'entretiens une relation très ambigue avec le big M depuis un moment déjà, conscients de par mes précédentes lectures du poids réel de cette restauration rapide à portée de main et de bourse.
A ce titre, je ne saurais trop inviter à la lecture de ces deux ouvrages suivants, qui mettent bien le doigt sur les sacrifices que notre société et notre monde doivent à des multinationales de ce genre et leurs méthodes accablantes :

Les Empereurs du Fast-Food, d'Eric Shlosser
Toxic de William Reymond
Donc, à la lumière de ces précieux documents, mon opinion première aura été de boycotter ces temples du nouvel ordre mondial, si irrespectueux des considérations sociales de leurs employés, des conditions d'élevage et d'abattage des animaux et de tant d'autres de préoccupations.
Evidemment et comme moi aujourd'hui, en baissant un peu la garde, on s'aperçoit bien vite du principal danger de ces Mc Do et consorts : leurs produits ont plutôt bon goût (si on excepte leurs piètres qualités nutritionnelles), sont économiques et disponibles à presque tout heure et endroit.
Néanmoins, ce revers à mes convictions aura eu le mérite de les renforcer, de la manière la plus définitive qui soit : le manque de place en salle m'aura fait m'asseoir à deux mètres de la réunion annuelle d'évaluation des employés du Mc Donald's par un représentant "costume-cravate-pc portable". Sa verve exagérée de manager aidant, j'ai vite compris la position délicate des 2/3 employés qui se sont succédés face à lui, accompagné s et défendus tant bien que mal par le responsable d'équipe : en cause, les mauvais résultats du restaurant quand aux objectifs de "sécurité alimentaire" et quand à la relative insalubrité des équipements servant à cuisiner. Et le manager d'illustrer son mécontentement d'exemples frappants, surtout pour moi, en pleine consommation de mon menu. Pour épargner les détails, il y était en autre question de dates de péremption et de respect de la chaîne du froid.
Au bout d'un quart de ce traitement et après plusieurs coups d'oeils du directeur d'équipe en ma direction durant les entretiens, celui-ci a dû se rendre compte de mon désarroi face à mon menu (notamment la qualité de la laitue de mon sandwich, particulièrement problématique) et s'est senti contraint de me demander si tout se passait bien. Hésitant, le temps d'une ou deux secondes, sur l'idée de lui faire absorber ma laitue par les narines, ce qui n'aurait pas rendu justice à ma naturelle cordialité, je préférais lui répondre, d'un ton semi-ironique, qu'il était au contraire assez rassurant de voir que des contrôles aussi poussés étaient exercés de temps à autre. Apparement soulagé, il me passe une vague explication sur les exigences toujours plus poussées de la maison-mère en terme de qualité de service et de nourriture... Sans demander mon reste, je partais déjà, mesurant à nouveau le poids de mes convictions, écartées le temps d'un piètre repas.
Aussi, ce petit récit à portée insolite se veut plus personnellement le témoin de ce que rien ne devrait aller à l'encontre de positions affirmées et documentées, pas même un estomac affamé ou une tentative de socialisation entre amis.
Promis, on en m'y reprendra plus !!!